MONUMENTS MEN épisode 4 – La récupération

 Les Alliés travaillèrent dès 1942 aux mesures à prendre pour le redressement des économies nationales des pays occupés après la fin du conflit.
Toute la politique de restitution mise en œuvre par les gouvernements alliés du bloc occidental à partir de 1945 s'appuie sur la déclaration interalliée de Londres du 5 janvier 1943 contre les actes d'expropriation commis dans les territoires sous occupation ou contrôle ennemi. 

Les Carnets de Rose VAlland

NOVEMBRE 1944 

La restitution des œuvres d'art était donc considérée par la France dans l'immédiat après-guerre comme un élément du dossier des réparations dues par l'Allemagne, lequel comprenait également les biens de nature économique (outils de production, matériel de transport), l'or monétaire et les valeurs mobilières. L'objectif premier était le redressement du pays et aucune part spécifique ne fut faite aux spoliations liées aux lois antisémites.
 La mise en place de la Commission fut menée rapidement et, dès le 19 septembre, soit moins d'un mois après la Libération de Paris et avant même sa création officielle par l'arrêté du 24 novembre 1944, se tint une première réunion pour présenter les grandes lignes de l'action à mener.
 

L’ANNEE 1945

Dès mai 1945, les armées américaines découvrirent rapidement, notamment grâce aux indications de Rose Valland, les importants dépôts de repli de l'ERR situés en Allemagne (Neuschwanstein, Buxheim) en Autriche (Kogl et Amstetten) et en Tchécoslovaquie (Nikolsburg). Ils saisirent également l'ensemble des collections d'institutions (musée de Linz) et de dignitaires nazis (Goering, Ribbentrop, Hitler, Himmler…), que les objets proviennent de spoliations essentiellement mises en œuvre par l'ambassade d'Allemagne ou par l'ERR, ou aient été acquis auprès de marchands désireux de vendre à de bons acheteurs. Ils furent rassemblés par les Alliés dans des dépôts provisoires, les Collecting Points : Munich et Wiesbaden en zone américaine, Düsseldorf en zone britannique et Baden-Baden en zone française.

 L'ampleur des recherches effectuées dans les Collecting Points est bien connue grâce aux témoignages des contemporains et aux dossiers qu'ils ont constitués. Les archives de ces services, conservées aux National Archives de Washington, comme les dizaines de milliers de fiches de description d'œuvres (property cards), qui s'attachaient à donner tous les éléments de provenance connus alors et qui sont aujourd'hui conservées à Coblence, montrent le soin avec lequel les opérations ont été menées.

Les restitutions aux propriétaires légitimes furent faites après la guerre en application de l'ordonnance du 21 avril 1945 sur la nullité des actes de spoliation, les propriétaires devant acquitter des frais de régie de séquestre.


DE 1947 A 1949

 À partir des dossiers de demande, 85 000 fiches furent dactylographiées puis, afin de permettre les identifications.
 Ces fiches servaient également de base à la préparation de la publication du Répertoire des biens spoliés publié de 1947 à 1949 par le Bureau des restitutions du commandement en chef français en Allemagne dont les dix volumes couvrent aussi bien le matériel industriel, le matériel de transport, les valeurs mobilières, les chevaux que les objets.   Le deuxième tome de ce répertoire est consacré aux tableaux, tapisseries et sculptures, le troisième aux meubles et le quatrième à l'argenterie, à la céramique et aux objets précieux.

La CRA travaille en contact constant avec les Collecting Points alliés en Allemagne à Baden-Baden (zone française), Düsseldorf (zone britannique) et surtout Wiesbaden et Munich (zone américaine), où étaient rassemblées les œuvres d'art retrouvées dans les dépôts de l'ERR, dans les collections des grands dignitaires nazis (Goering, Hitler, Ribbentrop…), ainsi que les achats faits par les musées et les particuliers, qui avaient obligation d'en faire la déclaration.  

 La CRA bénéficie également des résultats des interrogatoires menés par les Américains en Allemagne et en Autriche, des enquêtes réalisées par les services de renseignements français (DGER), de celles conduites par la police dans le cadre des instructions demandées par la Cour de Justice, le comité de confiscation des profits illicites et l'administration des Douanes.

 Si quelques objets furent retrouvés en France dans des immeubles occupés par l'ERR, à l'ambassade d'Allemagne et dans un train affrété par l'ERR et arrêté en banlieue parisienne, à Aulnay, le 27 août 1945, l'essentiel des objets récupérés venait des anciens territoires du Reich. Le nombre des convois est impressionnant : 40 provenant de Munich (du 14 août 1945 à septembre 1945 à décembre 1949) et 6 de Düsseldorf, en zone britannique (du 4 mars 1948 au 15 octobre 1950).

Les opérations de restitution se sont poursuivies après la dissolution de la CRA en 1949. Elles furent naturellement très importantes pour les grands marchands et les grands collectionneurs du fait de la qualité des œuvres qui les rendait plus facilement identifiables et de l'existence de documents qui permettaient d'appuyer les demandes (listes de stock, inventaires, passages en exposition, polices d'assurances, photographies

Après cinq ans de travail, l'activité de la Commission de récupération artistique cessa officiellement le 31 décembre 194935. La question des restitutions demeura sous la responsabilité de l'Office des biens et intérêts privés, qui instruisit les dossiers en collaboration avec le service de protection des œuvres d'art (Direction des musées nationaux), où travaillait Rose Valland qui, jusqu'au début des années 1960, continua à mener des investigations et assura notamment l'échange d'informations avec les services de la République fédérale d'Allemagne. 

Photo du FIlm THE MONUMENTS MEN

Dans l'épisode suivant découvrez quelques unes des oeuvres revenues dans nos Musées.

 

 

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